Principe deux

Gérer la connectivité

La connectivité a à la fois des avantages et des désavantages. Un niveau de connectivité élevé peut faciliter la récupération après une perturbation, mais des systèmes étroitement connectés peuvent également propager les perturbations de manière plus rapide.

L’essentiel

La connectivité peut à la fois améliorer et réduire la résilience des systèmes socio-écologiques et des services écosystémiques qu’ils délivrent. Des systèmes bien reliés peuvent surmonter les perturbations et récupérer de manière plus rapide, mais des systèmes excessivement reliés peuvent conduire à la propagation rapide de perturbations dans l’ensemble du système de telle façon que tous les composants du système sont affectés.

La connectivité concerne la structure et la force avec laquelle des ressources, des espèces ou des acteurs se dispersent, migrent ou interagissent à travers des parcelles, des habitats ou des domaines sociaux dans un système socio-écologique. Considérons par exemple, des parcelles de forêts connectées dans un paysage : le paysage forestier est le système, les parcelles de forêt font partie du système. La manière dont elles sont reliées entre elles détermine la facilité pour un organisme de se déplacer d’une parcelle à l’autre. Dans chaque système, la connectivité se réfère à la constitution et à la force des interactions entre les différents composants. D’un point de vue des réseaux sociaux, les hommes sont des acteurs individuels au sein d’un système incorporé dans un réseau de connections.

La connectivité peut influencer la résilience des services écosystémiques de diverses manières. Elle peut protéger les services écosystémiques contre une perturbation, soit en facilitant la récupération, soit en empêchant la propagation d’une perturbation. L’effet sur la récupération est démontré dans les récifs coralliens. Les habitats des récifs proches les uns des autres et n’étant pas séparés par des obstacles physiques, optimisent la recolonisation par des espèces qui peuvent avoir été perdues après des perturbations telles que des tempêtes. Le mécanisme de base est celui des liens avec des zones-refuge qui permettent d’accélérer la restauration des zones perturbées, assurant ainsi l’entretien des fonctions nécessaires pour maintenir le récif et ses services écosystémiques associés.

Sa contribution potentielle à l’entretien de la biodiversité est peut-être l’effet le plus bénéfique de la connectivité du paysage. Cela est dû au fait qu’au milieu des parcelles d’habitat bien reliées entre elles, des extinctions d’espèces locales peuvent être compensées par l’afflux d’espèces provenant des environs. Une connectivité réduite provoquée par la fragmentation d’origine anthropique, comme les routes et les barrages, influence négativement la viabilité des populations, en particulier chez les populations de grands mammifères. Le projet Yellowstone-to-Yukon (y2y.net) en Amérique du Nord constitue un exemple de planification de la conservation qui reconnecte de grandes parcelles d’habitats en rétablissant des corridors pour la faune sauvage, dans une zone s’étendant sur 1,3 million de kilomètres carrés. L’objectif principal de Y2Y est de relier huit zones prioritaires qui fonctionnent soit comme habitat principal, soit comme corridor, par le biais de différentes initiatives de collaboration avec divers groupes d’acteurs concernés.

Cependant, trop de connectivité peut aussi constituer un problème. Une connectivité limitée peut parfois stimuler la résilience d’un service écosystémique en agissant comme une barrière à la propagation des perturbations, comme des incendies de forêt. D’autre part, un système excessivement relié peut réduire la probabilité de survie d’une population lorsque toutes les populations sont affectées par la même perturbation, telle qu’un incendie ou une maladie.

Dans des réseaux sociaux humains, la connectivité peut renforcer la résilience des services écosystémiques grâce aux opportunités pour le développement de systèmes de gouvernance de plus grande qualité. Une connectivité élevée entre différents groupes sociaux peut augmenter l’échange d’informations et contribuer à établir la confiance et la réciprocité. Certains acteurs peuvent servir de connecteur entre acteurs et peuvent apporter des points de vue extérieurs et des idées nouvelles sur les questions locales. Toutefois, de la même manière qu’une grande connectivité du paysage peut augmenter le risque de l’exposition simultanée à une perturbation, des acteurs bien connectés, avec des types de connaissances similaires et des préférences pour les profits immédiats plutôt que la résilience à long terme, peuvent entraîner des résultats négatifs. Des études montrent qu’en cas d’homogénéisation des normes, la capacité exploratoire des acteurs sociaux diminue. Ceci conduit à une situation dans laquelle tous les membres du réseau pensent dans le même sens et peuvent avoir l’impression de bien s’en sortir alors qu’ils foncent en fait droit dans le mur (vers des issues non-durables).

Comment gérer la connectivité ?

Ainsi qu’il en va de tous les principes, leur application dépend inévitablement du contexte. L’opérationnalisation de la connectivité est une tâche ambitieuse, mais voici quelques lignes directrices :

Schématisez la connectivité. Pour comprendre l’effet de la connectivité sur la résilience d’un service écosystémique, la première étape consiste à identifier les éléments pertinents, leur ampleur, leurs interactions et la force des liens entre les éléments. Ceci étant fait, des outils de visualisation et d’analyse peuvent aider à révéler la structure du réseau.

Identifiez des éléments et interactions importants. Afin de guider les éventuelles interventions et d’optimiser la connectivité, il est important d’identifier des nœuds centraux ou des parcelles isolées du système. Ceci aide à identifier les parties vulnérables et résilientes du système.

Restaurez la connectivité. Cela implique la préservation, la création ou l’élimination des nœuds dans le réseau. Un exemple est le Projet Connexion Montérégie dans le sud du Québec, au Canada, où les forêts et les gens sont reliés afin de rendre le paysage et ses services écosystémiques plus résilients aux changements environnementaux (voir ci-dessous).

Optimisez les modes actuels de connectivité. Dans certains cas, il peut être utile de réduire ou de changer structurellement la connectivité d’un système (p. ex. en le rendant plus modulaire) afin d’augmenter sa résilience. Par exemple, la panne du réseau électrique dans l’est des Etats-Unis et du Canada en 2003, qui a touché environ 50 millions de personnes, est un exemple d’un réseau où des problèmes locaux dans un système étroitement connecté ont finalement entraîné un effondrement total et systémique.